Les montagnards étaient là

installation pylone

L'entrée des Chanteurs montagnards de Bagnères-de-Bigorre dans l'église bondée de Lévignacq a déclenché un tonnerre d'applaudissements : l'apparition de cette troupe de gaillards pyrénéens coiffés de bérets rouges, vêtus de boléros écarlates, pantalons bleu sombre et guêtres-garrematches ou trabucs blanches était déjà un spectacle! Dans le choeur de l'édifice, les chanteurs ouvraient de grands yeux étonnés en découvrant les fresques médiévales et baroques couvrant les murs et le plafond de l'église. Ils avaient quitté Bagnères après leur travail : ce « lieu rempli de la mémoire des anciens », dira plus fard le chef de choeur, qui les aidait à se poser pour mieux chanter.

Les spectateurs landais, connaisseurs des belles voix pyrénéennes, s'attendaient à de la qualité. Lorsque ont résonné les premières notes du « Halte là » chacun demeurait saisi par l'étonnante alliance de puissance et de douceur et par la diversité des harmonies. Les célèbres hymnes pyrénéens, tels que « Montagnes Pyrénées », « Halte là », oeuvres d'Hector Roland, fondateur du groupe en 1832, restitués dans leur forme originelle, semblaient des inédits. Chacun des morceaux interprétés offrait une variété surprenante de modulations, passant du grave à l'aigu, faisant intervenir alternativement l'ensemble du choeur et les solistes. Les voix allaient crescendo ou diminuendo, des explosions soudaines étaient suivies immédiatement de murmures lointains toujours très harmonieux. Les Bagnérais ont offert un florilège de chants, tous Composés par cet étonnant personnage que fut Hector Roland : chants d'amour dédiés à la montagne, à la liberté, aux femmes, ou chants sacrés composés pour une messe à Rome avec le pape.

Une odyssée.
Cette oeuvre avait été présentée au cours d'un périple de seize ans du groupe fondé par ce fonctionnaire parisien des impôts. En 1838, en effet, les chanteurs avaient embarqué dans une énorme diligence, tirée par six chevaux tarbais, pour un voyage qui les avait mené de la Scandinavie au Moyen-Orient. Les lettres des acteurs de cette fabuleuse odyssée avaient révélé la personnalité de ces humbles mais fiers Pyrénéens du XIXe siècle qui ont vécu sans contradictions la foi catholique et la dévotion républicaine, l'amour passionné pour leur patrie pyrénéenne, pour la France et pour les peuples rencontrés.

SUD LANDES
: Article de Guy Caunègre